Après avoir enchaîné deux albums marquants en moins de deux ans, Ariana Grande semblait au sommet de sa carrière. En 2018, « Sweetener »marquait une véritable renaissance artistique, rapidement suivie en 2019 par « thank u, next », un projet intime, salué autant par la critique que par le public. Porté par des titres devenus emblématiques et une narration émotionnelle puissante, entre deuil, ruptures et reconstruction, l’album confirmait son statut d’icône.
Dans la foulée, elle a entamé une tournée mondiale, la Sweetener World Tour, qui remplira les salles à guichets fermés tout au long de 2019. Ce marathon donnera lui même naissance au live-album « k bye for now (swt live) », sorti en décembre de la même année. Une pause semblait inévitable et nécessaire pour l’artiste. Pourtant, comme beaucoup d’autre, en pleine pandémie, l’artiste surprend le monde entier en dévoilant, fin 2020, un nouveau projet : « Positions ».
Plus introspectif, aux sonorités R&B douces et sensuelles, l’album diffère avec l’énergie brute de « thank u, next ». Si certains titres, comme “positions” ou “pov”, se distinguent, l’ensemble ne parvient pas à provoquer l’enthousiasme auquel la chanteuse était habituée.
Alors, comment expliquer que Ariana Grande, malgré le succès de ses précédents projets, n’ait pas réussi à séduire le public et les fans avec « positions » ? Et comment a ton pu qualifier cet album d’une sortie automatique, presque forcé ?
L’album Positions
Le 30 octobre 2020, Ariana Grande dévoile « Positions », un album à la fois sensuel, introspectif et audacieux, une semaine après avoir annoncé sa sortie sur Twitter. Loin des élans émotionnels de « thank u, next » ou « Sweetener », Positions marque un tournant dans sa carrière, on retrouve une Ariana apaisée et amoureuse. Elle abandonne les genres trap-pop et le folklore qui ont fait son succès pour expérimenter la R&B.
Le ton est donné dès le premier single, « positions », sorti le 23 octobre, une semaine avant la sortie de l’album. Avec par une production douce et épurée, la chanson s’affirme comme un hymne féministe. Ariana y revendique sa capacité à endosser tous les rôles, femme de pouvoir, amante, artiste, sans jamais perdre sa liberté. Le clip, dans lequel elle incarne la présidente des États-Unis illustre bien se « switching positions », et il tombe à point nommé, à une semaine de l’élection présidentielle américaine. Une sortie volontaire en soutient à Hillary Clinton face à Donald Trump. Avec émancipation et élégance politique, version Ariana Grande.
Mais si « positions » séduit, « 34+35 », le deuxième single, frappe par sa provocation, tant bien par les paroles que par le clip. Ariana y chante ses désirs, sur une mélodie légère rappelant « thank u, next ». L’humour, assumé, tranche avec l’apparente innocence du morceau, devenant un phénomène viral sur TikTok, amplifié par un remix avec Doja Cat et Megan Thee Stallion. C’est audacieux, c’est drôle et surtout libérateur. Le titre « Nasty » suit la même veine charnelle, mais de manière plus minimaliste et poser. Loin de toute pudeur, Ariana Grande célèbre sans détour le plaisir féminin.
L’ouverture de l’album se fait sur « shut up », avec des arrangements de cordes dignes d’un générique de Disney. Ariana répond aux critiques avec nonchalance : «Comment utilisez-vous votre temps ? ».
Placée juste avant « 34+35 », cette intro n’est pas anodine. Plus tôt dans l’année, en mai 2020, après la sortie de « Stuck with U » avec Justin Bieber (qui décroche la 1er place du Billboard Hot 100), le rappeur 6ix9ine accuse Grande d’avoir manipulé les chiffres (la musique du rappeur s’intitulant « GOOBA » ne finissant que 3e du classement). Elle ne répliquera jamais frontalement. À la place, elle glisse un clin d’œil dans la tracklist : « shut up », suivi de « 34+35 », autrement dit, “shut up 6ix9ine”. L’art de la réponse silencieuse.
Plus loin, l’album on s’aventure dans son intimité. « safety net », en duo avec Ty Dolla $ign, plonge dans les doutes d’un amour naissant après la douleur. Ariana y avoue sa peur de retomber amoureuse, dans une atmosphère mélancolique et avec deux jeux de mots subtiles.
Sur « my hair », elle livre une métaphore : autoriser un partenaire à toucher ses cheveux, longtemps symbole de contrôle et de pudeur. Le morceau, porté par un arrangement jazz et des vocalises très impressionnantes en voix de tête, donne une nouvelle maturité artistique.
Certains fan considère même que la musique commence à partir de 1m45 d’écoute.
« Love Language » est un titre tout aussi sensuel aux influences R&B, jazz et disco. Elle y parle de son désir d’apprendre à aimer selon le langage émotionnel de son partenaire, pour construire une relation plus profonde. La chanson se distingue aussi par sa richesse musicale et sa structure originale et très inattendue. À la fin, un passage appelé « Home » apporte une touche intime et personnelle, renforçant le message central : l’amour est un langage unique, fait de compréhension, de confiance et de connexion.
Enfin, « pov », qui clôt l’album, bouleverse par sa douceur ! Ariana rêve de se voir à travers les yeux de celui qui l’aime sans condition. Cette ballade fragile, aux harmonies douces, clos l’album dans un souffle d’acceptation de soi, après les tempêtes émotionnelles vécues.
La version deluxe
Sortie en février 2021, la version deluxe de « Positions » vient enrichir l’album original de cinq titres : “someone like u (interlude)”, “test drive”, “worst behavior”, “main thing”, et un remix de “34+35” en compagnie de Doja Cat et Megan Thee Stallion.
Ces morceaux inédits s’inscrivent dans la continuité de l’univers de l’album : un R&B sensuel et introspectif. Sans chercher à bouleverser la dynamique de l’album, cette édition prolongée s’apparente davantage à un supplément très discret.
Parmi les ajouts, “test drive” et “main thing” se détachent des autres musiques. Ils séduisent par leur tonalité romantique et leur production. Il y a dans ces titres de la tendresse, une forme de maturité. Pour autant, cette version deluxe, peut être trop soignée, n’est pas indispensable. Un cadeau pour les fans, une extension agréable plutôt qu’une révélation.
Direction artistique
Avec « Positions », Ariana Grande prend un virage esthétique, abandonnant l’exubérance que peut connaître un album pop pour plus de douceur.
L’univers visuel de l’album adopte des couleurs pastels, de filtres rétro et un style inspiré des années 60. Avec des petites référence stylistique à la Jackie Kennedy, notamment dans le clip de « positions », elle y incarne une figure de pouvoir au féminin, élégante et affirmée, sans jamais renoncer à sa sensualité et sans se sexualiser.
La pochette de l’album est parlante, limite floutée et intime... Ariana y apparaît comme un souvenir, un mirage. Comme les musiques de l’album, tout est fait de nuance et de suggestion. La voix caresse plus qu’elle ne crie, les arrangements sont soyeux, les paroles naviguent entre vulnérabilité et désir. C’est une Ariana Grande posée, plus mature, qui ne cherche plus à provoquer l’attention. « Positions » marque une transition élégante : celle d’une pop star qui, sans oublier son éclat, choisit désormais la séduction subtile et sous entendue à l’exubérance, et fait de l’intimité son terrain de jeu le plus puissant.
La promotion désastreuse
Sorti en octobre 2020, « Positions »connaît un démarrage fulgurant : album numéro 1 au Billboard 200, single en tête du Hot 100, et des millions d’écoute dès les premières heures. Mais derrière ce succès commercial se cache une autre realité. Car si les chiffres impressionnent, la critique du publique, elle, reste bien plus réservée, voire carrément déçue.
Très vite, le verdict tombe, manque de variété, écriture répétitive, production monotone. Là où « thank u, next » avait marqué par sa vulnérabilité et sa liberté artistique, « Positions » donne l’impression d’un retour en arrière. Le disque semble s’installer dans une zone de confort, sans véritable audace. Pour beaucoup, il s’agit d’un album livré presque mécaniquement, sans l’implication émotionnelle ni créative qu’on attend d’Ariana Grande.
Le contexte du covid n’explique pas tout. En pleine pandémie, la promotion de l’album est presque invisible : aucune tournée, peu d’interviews, aucune performance télévisée. L’annonce de sa sortie se fait via un simple tweet, suivi dans les jours qui suivent d’une courte vidéo montrant Ariana tapant le mot « Positions » sur un clavier futuriste. Pas de storytelling, pas de véritable connexion avec le public. Même la radio semble peu mobilisée par son équipe.
Pire encore, « Positions » ne semble jamais avoir réellement « vécu ». Mis à part quelques clips dont celui de « pov », longtemps attendu puis totalement abandonné, la plupart des morceaux n’ont droit à aucun visuel, et certains clips jamais publiés finiront par fuiter en ligne, dans l’indifférence. Les moments viraux sont rares, si ce n’est quelques tendances sur TikTok.
Quant à la version deluxe, elle arrive avec annonce faite la veille pour le l’an demain, comme une simple mise à jour. Et près d’un an plus tard, des performances live surgissent sans trop prévenir, hors de tout contexte, nous plongeant dans une ère et dans des visuels magnifiques qu’on ne semble pas avoir vécu.
Ce qui choque, au fond, c’est le désengagement apparent de l’artiste elle-même. La ou nous pension etre bien partie avec un clip qui porte un engagement fort et des convictions.
Ariana Grande semble par la suite en retrait, distante, à son propre projet. Comme si « Positions » n’était qu’une parenthèse.
La fin de l’ère : les Positions Sessions
Pour conclure discrètement l’ère « Positions », Ariana Grande dévoile une série de Live Performances mettant en scène certains morceaux emblématiques de l’album. Filmées dans des décors à la fois épurés et sophistiqués, nous plongeant dans une sorte de jardin, ces prestations marquent un contraste avec la promotion initiale l’album. Les titres « pov » et « my hair » se distinguent par leur interprétation maîtrisée, saluées pour la puissance et la justesse vocale d’Ariana.
Ces performances se présente comme une fin élégante, rappelant que, malgré le manque d’engagement perçu autour de l’album, l’excellence d’Ariana Grande reste intacte lorsqu’il s’agit de livrer une performance vocale. Un dernier geste qui referme ce chapitre.
Conclusion
Comment expliquer que « Positions », malgré le succès éclatant de ses prédécesseurs, ait laissé une impression si tiède, voire décevante, auprès d’une partie du public et même de ses fans les plus fidèles ? La réponse se trouve peut-être dans la nature de cet l’album : c’est un projet de transition. Ariana Grande abandonne l’urgence émotionnelle et les refrains pop ultra-efficaces pour une approche plus posée, plus mature, mais aussi plus discrète.
Ici, pas de revendications, pas de bouleversements et pas de drame, elle est heureuse et elle a envie de l’exprimer. « Positions » est un album, qui préfère la nuance à l’impact immédiat. Un choix artistique cohérent, mais qui, dans un monde pop en quête de moments viraux, de musique « catchy » et d’énergie revendicatrice, peut apparaître comme un projet en retrait du reste plus que comme une affirmation.
Certains ont parlé d’une sortie « automatique » et mécanique. Et il est vrai que l’absence de storytelling et de teasing, la promotion quasi inexistante, le peu d'engagement d’Ariana elle-même contribue à cette perception. L’album est arrivé vite, peut etre trop vite, comme un produit bien exécuté, ce qui a pu donner l’idée d’un projet « lancé par obligation », pour maintenir un rythme, plus que pour raconter quelque chose d’urgent.
Pourtant, « Positions » révèle une artiste en pleine redéfinition. Ariana Grande y explore sa sensualité avec élégance, des choix plus R&B, plus minimalistes. Des morceaux comme « pov » ou « 34+35 » sont devenus emblématiques. Positions n’est peut-être pas l’album le plus marquant d’Ariana Grande, mais il en dit long sur l’artiste qu’elle devient : plus libre et moins préoccupée par la performance. Un chapitre imparfait mais sincère comme une étape nécessaire avant d’ouvrir une nouvelle page.
Lorsque « Positions » est sorti en 2020, je n’ai pas su quoi en penser. J’étais décontenancé, les sonorité était étrangère a mes oreilles, je n’ai pas immédiatement adhéré à cette Ariana plus douce, plus R&B. Une direction floue et silencieuse. Et moi, comme beaucoup, je n’y étais pas préparé. Mais avec le temps, cet album a changé à mes yeux . À force d’écoutes, de moments de vie, « Positions » a cessé d’être un projet distant pour devenir un compagnon. Ce n’est pas un disque qui cherche à plaire ou à frapper fort. C’est un message posé, laissé là, comme une lettre ouverte que chacun lit à sa manière, selon son propre rythme et ses propres émotions.
On a souvent reproché à Ariana de ne pas avoir "fait vivre" cet album. Mais cela pose une vraie question : qu’est-ce qui contraint un artiste à porter constamment son œuvre à bout de bras ? Un album ne peut-il pas simplement exister, en dehors du bruit, sans mise en scène ? « Positions » semble être cela : une œuvre laissée au monde, que chacun peut intégrer à son quotidien sans mode d’emploi.
Je ne crois pas à l’idée d’un album "forcé" ou "automatique". Je vois plutôt dans « Positions » une expérimentation publique, menée par une artiste en paix avec elle-même. Ariana n’avait peut-être plus besoin de chanter ses douleurs. Elle avait envie de chanter l’amour et le bonheur. Et à bien y réfléchir : quand on est heureux, n’a-t-on pas, justement, envie de vivre ce bonheur en silence, dans la discrétion, loin du spectacle ? Oui, certains morceaux peuvent paraître répétitifs. Mais n’avons-nous pas tous tendance à nous répéter lorsque quelque chose nous fait du bien ? Quand une sensation nous apaise, pourquoi vouloir la bouleverser ?
Aujourd’hui, « Positions » semble vivre une seconde vie. Ses morceaux réapparaissent peu à peu sur les réseaux sociaux, portés par le regain d’intérêt pour le R&B, devenu a la mode. On peut donc egalement se demander si Ariana n’était pas, tout simplement, en avance sur son temps ? fidèle à elle-même, là où le monde attendait un nouveau feu d’artifice.